Je reviens de l'hopital Saint-Roch....
Quand on est arrivés, on a rencontré le médecin du service de réanimation pour faire le point.
Bon. Mamy ne va pas bien bien du tout. Avec la dernière amputation, ils lui ont enlevé un sixième de son corps. Si elle survie ne pourra ni avoir de prothèse, ni rester dans un fauteuil roulant. Elle devra rester allitée en position allongée car la position assise lui est impossible.
Elle est "sur un fil" comme a dit le médecin. Elle va devoir se battre car la première "épreuve" et la plus dure : il faut qu'elle se rétablisse trés rapidement, et sans complications.
Si elle franchit ce "palier" on pourra envisager la suite.
Si elle n'y parvient pas, il faudra retourner rencontrer le médecin pour prendre une décision.
Le médecin nous a parlé "d'acharnement thérapeutique". Pour l'instant cela reste dans le domaine du soin.
Le médecin (qui est une femme) nous a dit qu'ils ont rarement été aussi loin dans une amputation.
Ils lui ont bel et bien enlevé une partie du bassin, ce qui fait qu'elle ne pourra plus jamais s'assoir...
Elle a dit que ce genre d'amputation, et le traumatisme physique et psychologique que Mamy a subi, et subi est rarissime.
Après ce long entretien de trente minutes. Trente minutes à retenir ses larmes. Le coeur qui palpite, les bras qui tremblent.
Nous sommes allés voir Mamy. Il a fallu s'habiller. Passer une sorte de robe, et mettre des chaussons au pieds. Je suis entrée avec Maman. Quand j'ai vu Mamy. Je n'y ai pas cru.
En quelques secondes, plusieurs choses sont passées dans ma tête : "ce n'est pas ma Mamy", "le jeu s'arrète maintenant et tout rentre dans l'ordre ?", "Mamy ?", "...c'est Mamy".
Elle paraîssait faible, tellement faible. A protéger. On aurait dit un soleil endormi.
Le visage et le haut du buste gonflé. Un soleil endormi. Nue. Les yeux clos. Scéllés. Comme collés à jamais. Ses petits sourcils qu'elle épilait si bien. Elle sentait bon. Je ne sais pas si c'est son odeur corporelle ou l'eau de cologne qu'ils lui passent. Mais une odeur agréable, apaisante.
Mamy...
Je lui ai parlé. Je lui ai dit que j'étais là, avec sa fille, qu'on était là pour elle. J'ai voulu lui parler un peu plus mais ma maman m'a dit de me taire, parce qu'elle voulait lui parler.
J'ai pris la main de Mamy, je l'ai caressée. Sa main tellement douce, qui m'a rassurée plus d'une fois.
J'ai pris aussi la main de l'infirmière en vert près de moi.
Et je suis sortie. Je ne voulais pas que Mamy me voit et m'entende pleurer.
L'infirmière est venue avec moi. On est sorties et on a parlé. Elle m'a rassurée.
Je lui ai posé des questions, si c'était normal que j'éprouve une haine indéfinissable envers le chauffeur. Elle m'a dit que oui, c'était normal, et que dans quelques années, peut-être qu'il aura la chance de recevoir mon pardon. On a marché, on a parlé.
On est remontées, elle m'a rhabillée.
Mamy. J'ai commencé à lui murmurer ce petit secret, entre moi et vous, ce blog, l'article de Nice-Matin, la démarche entreprise, mais ma maman m'a demandé de parler plus fort car Mamy n'entendait pas.
J'ai dis que Julien, mon fiancé, pensait à elle, qu'il l'aimait. Je lui ai dit qu'on avait hâte de faire une partie de scrabble avec elle, même si on savait qu'elle allait gagner.
Je lui ai dis que sa famille pensait à elle à travers la France, je lui ai dis que Golfe-Juan pensait à elle, qu'on l'attendait tous.
Je lui ai parlé aussi de mon oral de français. Je lui ai raconté comment ça c'était passé.
Je l'ai couverte de baiser. Plein. Sur le front. Je lui ai aussi caressé ses cheveux, ses beaux cheveux teints de blond, ses cheveux de bel ange. Elle sentait bon. Et toujours ses yeux inlassablements clos.
Je lui ai dis aurevoir. Des baisers, des caresses.
Et je suis sortie.
Maman est restée et Papy m'a rejoint (entre temps, il était venu voir Mamy).
On a parlé. C'était cru. Dur.
Maman est revenue plusieurs minutes plus tard. Elle a bien parlé à Mamy.
Pendant qu'elle lui parlait, les appareils de surveillance de Mamy ont sonné.
Elle essayait de rejetter le tuyau de sa bouche ; elle voulait respirer seule.
La voix de Maman l'a stimulée.
Je crois, Maman aussi et les infirmiers le croient également, elle entends tout et comprend tout.
Elle attendait notre visite, à Maman et à Moi. Je le sais, j'en suis sure.
Maman a vu ses paupières bouger et des larmes couler.
Cette infirmière était si gentille. Merci. Je lui ai dis aussi merci pour tous ceux qui ne l'ont pas remerciée.
On est rentrés.
On a écouté les messages sur le répondeur.
On a vu un numéro qu'on connaissait, celui de Mona, mon amie d'enfance que je n'ai pas revu depuis presque quatre ans. Elle est née le 30 juin, comme moi. On l'a rappelée, je lui ai parlée.
Elle a perdu sa grand-mère la semaine dernière. Sacrée coïncidence, non ?
On va se revoir. Je suis contente de la retrouvée, dans un moment où on a toutes deux besoin de soutien.